| §2
Rechercher la thèse et l'antithèse
du sujet
Voici
la bonne problématique. Les paragraphes qui
suivent pourraient constituer l'introduction du devoir. L'introduction
doit toujours expose le probléme du sujet concrètement
avant de le traiter plus théoriquement dans le développement.
Mais commençons par reformuler un peu plus proprement
la thèse, et recherchons l'endroit où elle se
contredit :
1) Chacun
a une opinion politique sur ce qu'il conviendrait de faire
pour la France. Même ma grand mère est capable
de me dire ce que devraient faire les politiciens d'après
elle, pour améliorer la situation. Mais comme chacun
a une opinion différente de l'autre, qui reflète
en règle générale son seul intérêt,
on ne peut pas vouloir que ce soit l'opinion d'un individu
qui règne sur le pouvoir politique (c'est la figure
du Tyran chez Platon, ou celle des régimes communistes
: un chef + tous les pouvoirs = danger). L'opinion doit être
contrebalancée en politique par la raison objective,
qui doit guider l'action des élus.
Résumé
de la thèse : ainsi, il semble clair que l'opinion
ne doit pas guider le pouvoir politique. La politique, c'est
le domaine de la raison, qui s'oppose à l'opinion.
2) Cependant,
il ne faut pas complètement éradiquer l'opinion
de la politique! Même si l'opinion diffère entre
chacun, et qu'elle reflète peut-être notre propre
vision de la réalité (l'opinion de ma grand-mère,
la mienne, la vôtre diffèrent probablement l'une
de l'autre), elles reflètent toutes des préoccupations
communes). Si tout la monde a une opinion différente
sur les banlieues, les impôts, la mondialisation, il
reste que ce sont des problèmes communs.
Dès
lors, le pouvoir politique (les élus) doit quand même
prendre en compte l'opinion (générale) car c'est
elle qui reflète les problèmes qu'il doit traiter.
Car n'oublions pas qu'en démocratie, qui est un régime
représentatif, on ne délègue pas sa volonté
individuelle mais simplement l'élaboration des lois
publiques (Rousseau, Le Contrat Social).On élit
des gens pour qu'ils nous représentent, càd
pour qu'ils prennent en compte notre opinion d'une manière
ou d'une autre. Le pouvoir politique doit donc s'en
méfier, mais pas l'évacuer, car c'est bien elle
qui doit orienter son action.
Autrement,
le pouvoir politique qui affirmerait "l'opinion publique
est faussée, il ne faut pas lui faire confiance, mais
croire seulement la raison pure" ne serait pas le représentant
du peuple. Il s'affirmerait comme A. Hitler être le
Führer (le guide), tout simplement. Là
encore, on retrouve une forme dégénérée
de la démocratie qu'on appelle le totalitarisme (H.
Arendt, Qu'est-ce que le totalitarisme?).
3) Problématique
: d'un côté il faut se garder d'imposer son opinion
quand on exerce pouvoir politique et de l'autre il faut se
garder de ne pas refléter l'opinion publique, pour
laquelle on a été élu! Comment expliquer
ce paradoxe? Et comment s'en sortir pour gouverner quand même?
C'est à
cela qu'il faut répondre. Ce paragraphe pose un véritable
problème car il nous met dans une situation délicate
où aucune réponse n'est claire.
§3 Comment
construire un plan avec la problématique ?
La problématique
sert à cadrer le développement : maintenant,
on encore doit démêler les deux sens de l'opinion
en politique et arriver à une conclusion. C'est le
rôle du développement, qui s'articule autour
d'un plan.
Règle
n°3 : pour trouver un plan pour le sujet, il faut
et il suffit d'examiner tour à tour les deux définition
contradictoires du sujet qu'on a trouvées.
D'où
le plan suivant :
Rappel du sujet : "L'opinion peut-elle être
le guide du pouvoir politique ?"
I.
L'opinion est toujours personnelle, et elle s'oppose à
la raison. Donc les gouvernants ne doivent absolument pas
se laisser guider par la leur. Autrement c'est la tyrannie.
Voilà,
cette phrase définit votre première "thèse".
La thèse de cette partie répondra au sujet en
argumentant que "non, l'opinion ne DOIT PAS être
le guide du pouvoir politique".
II.
Mais le pouvoir politique doit quand même orienter
son action en fonction de l'opinion publique, qu'il
est censé représenter. Autrement c'est le
totalitarisme.
Cette deuxième
phrase résume l'autre pan du sujet, en montrant que
ni la première partie ni la deuxième ne sont
satisfaisantes : d'un côté on doit se méfier
de l'opinion personnelle quand on est au pouvoir, de l'autre
on doit écouter celle des électeurs, sans la
croire aveuglément.
C'est comme
ça que vous devez rédiger votre plan : commencez
par trouver les deux thèses en opposition dans le sujet
qui posent problème (1), puis rédiger la problématique
dans l'introduction (2) et enfin résumer les deux thèses
en deux grandes parties dans votre plan (3).
§4
Comment remplir ses parties ?
C'est là
que commence le véritable travail du philosophe. Il
faut utiliser toutes vos références philosophiques
pour le développement. Il faut donc en avoir, et pour
en avoir, il faut apprendre ses cours, se référer
à des manuels ou avoir une grande culture philosophique.
Ca ne s'invente pas.
Règle
n°4 : pour trouver la problématique, il suffit
de s'interroger concrètement sur le problème
posé par le sujet (sur sa contradiction). Mais pour
remplir le développement, il faut absolument disposer
de théories philosophiques.
Une fois
que vous avez toutes vos parties, étalez sur un brouillon
tous vos "théorèmes" philosophiques"
et la manière dont ils se raccrochent au sujet comme
ci-dessous (je reprends les exemples que j'ai déjà
utilisés dans l'introduction, voir plus haut) :
1. Le
tyran dans La République de Platon
En quoi est-il utile pour le sujet ? Réponse : il montre
que si un seul homme a le pouvoir politique, la cité
est gangrenée et vit dans la peur. Car elle est sous
le joug de ses changements de passion ou d'opinion.
Que montre l'exemple? Que l'opinion ne peut pas être
le guide du pouvoir politique car alors la cité n'est
plus juste. Chacun vit dans la peur, et a alors tous les droits
de renverser le pouvoir, qui dans ce cas est arbitraire.
Dans quelle partie puis-je l'utiliser? Dans la première.
2. Le
Contrat social de Rousseau
En quoi est-il utile? Rousseau fait la différence entre
intérêt privé et volonté publique.
Il montre que l'un et l'autre ne sont pas une somme au sens
strict (la loi n'est pas juste le reflet de tous les intérêts
privés à un moment donné, car sinon elle
changerait tous les jours).
Rousseau explique aussi que la démocratie est un système
représentatif dans lequel on délègue
non pas sa volonté (personne ne peut décider
à notre place), mais sa capacité à délibérer
des lois (car sinon on serait trop nombreux à parler
en même temps, et on ne s'accorderait jamais).
Que montre
l'exemple...?
Où
puis-je l'utiliser... ?
3. Le
totalitarisme chez H. Arendt
...
Mais il
faudrait également penser au Prince de Machiavel
(agir contre son opinion est parfois nécessaire, pour
être craint par exemple), au mythe de la caverne de
Platon (sur l'opinion), etc.
§5
Rédaction du plan
Chaque partie
doit comporter trois sous-parties. Pour compléter son
plan, il est nécessaire de faire progresser la réflexion
dans chaque paragraphe à l'aide d'un exemple philosophique.
Si à chaque fois on a pu répondre à la
question "que montre l'exemple?" sur son brouillon,
il est facile de les enchaîner.
En gros,
le plan pour le sujet devrait correspondre à :
1ère
partie . L'opinion ne doit pas gouverner la politique.
1. 1. Que
serait une cité gouvernée par l'opinion ? Le
tyran chez Platon est l'opposé de la politique
1. 2. C'est donc la raison qui doit gouverner la cité
(Rousseau), à l'opposé de l'opinion.
1. 3. Mais il est quasiment impossible de détourner
les autres de leurs opinions (mythe de la caverne chez Platon).
Il faudrait donc donner tous les pouvoir à un seul
homme, le philosophe.
Conclusion
et transition vers la seconde partie : à l'issue de
la première partie, on vient de montrer que l'opinion
ne peut pas gouverner, sous peine de nier la politique qui
doit être à l'image de la raison. Mais avec Platon
on en conclut qu'il faudrait alors donner tous les pouvoirs
à un seul homme qui gouvernerait d'après la
raison pure, se détournant de l'opinion et faisant
le bien d'autrui "contre leur volonté" en
quelque sorte.
Problème
(relance la réflexion) : Pourtant, peut-on dire
qu'il faille délaisser l'opinion en politique, au risque
de s'imposer contre les intérêts privés
de ceux qu'on est censé représenter?
2e
partie . Mais la politique doit prendre en compte l'opinion
2. 1. L'image
du totalitarisme : un Philosophe-Roi capable des pires atrocités
? (H. Arendt et le totalitarisme dans lequel on explique qu'il
est l'application à l'extrême du principe platonicien).
2. 2. Le
principe de la représentation en démocratie
(on reprend Rousseau) veut toutefois que le pouvoir politique
oriente son action en fonction des demandes de représentés.
C'est donc un aller-retour en l'opinion publique et la mise
en place de lois "objectives" par les élus.
2. 3. La
nécessité de ne pas se laisser aller à
l'opinion pour bien gouverner (Le Prince de Machiavel).
Le gouvernant n'est plus véritablement humain et doit
savoir prendre en charge certaines décisions qui vont
contre l'intérêt des gouvernés, qui ne
savent pas toujours ce qu'ils veulent en vertu de ce qu'ils
ont une opinion personnelle changeante. On peut prendre comme
exemple la seconde guerre mondiale où tout le monde
était près à tout pour être en
paix.
NB
: il n'existe qu'une seule problématique pour le sujet,
car il contient un seul problème central (la dualité
de l'opinion pour l'homme politique : il doit s'en méfier,
mais ne peut s'en départir). Il n'existe donc en tout
et pour tout qu'un seul plan possible (par
sujet) : celui qui examine scrupuleusement cette dualité.
CEPENDANT,
le contenu des parties peut changer car vous pouvez rendre
votre réflexion plus ou moins précise et pertinente
en fonction de vos outils philosophiques.
Il est probable
qu'avec plus de références philosophiques, vous
pourriez produire un devoir plus précis et qui entre
plus en détail dans les mécanismes. Reste que
je mets ma main à couper que le problème restera
identique.
§6 La conclusion : faut-il faire une "synthèse"
?
La conclusion
du devoir doit résumer l'enchaînement logique
interne aux parties et entre les deux parties (à la
manière de la transition rédigée plus
haut comme exemple). Elle permet juste de dire "voilà,
finalement il faut se méfier de l'opinion, mais on
ne peut pas non plus la rejeter : ni celle du gouvernant ni
celle des gouvernés" dans la prise en compte de
l'action politique. Il reste que l'action politique est avant
tout dictée par l'événement (càd
par le cours des choses) qui échappe bien souvent à
l'opinion, et reste imprévisible.
Si vous
en avez les moyens, c'est possible de rédiger une troisième
partie en partant sur l'idée que l'action politique
n'est de toute façon que déterminée par
le cours des choses, et non par l'opinion. L'opinion elle-même
ne fait que reproduire l'état des choses qui adviennent.
Je partirai probablement d'Arendt (Condition de l'homme
moderne ; Qu'est-ce que la liberté in La Crise
de la culture) et puis de Kant, Opuscules sur l'histoire
(l'action politique comme fin).
Personnellement,
j'aime à croire qu'il est tout à fait honorable
d'arriver à produire un devoir en deux parties qui
"résout" a minima la contradiction du sujet
en montrant une bonne capacité de raisonnement et d'enchaînement
logique. Si de plus la copie est intéressante à
lire (appuyée sur des exemples historiques parlant
ou originaux, qui font ressortir un aspect inattendu du sujet),
c'est encore mieux.
Cela
dépend probablement du niveau auquel vous vous trouvez
(secondaire, supérieur).
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