Comment rédiger un plan ?

Exemple : L'opinion peut-elle être le guide du pouvoir politique ?


Vous voulez apprendre à disserter ? Je vous propose un exemple pour le sujet "l'opinion peut-elle être le guide du pouvoir politique ?". Je vais vous montrer comment on construit une dissertation pour ce sujet en quelques étapes.

Il y a six étapes à la construction d'une dissertation. D'abord, on recherche la problématique (I), ensuite la thèse et l'antichèse du sujet (II), puis on rédige un plan (III) et ses sous-parties (IV) en accord avec la problématique. Enfin, on rédige les transitions et les arguments philosophiques (V) jusqu'à la la conclusion (VI).

Tout cela vous semble bien compliqué ? Ne vous inquiétez pas, nous allons y aller pas à pas :

§1 : Comment trouver la problématique du sujet ?
§2 : Rechercher la thèse et l'antithèse
§3 : Comment constuire le plan ?
§4 : Comment remplir ses parties ?
§5 : Rédaction finale du plan
§6 : La conclusion : faut-il faire une troisième partie ?


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Voici comment il faut procéder :

§1  Comment trouver la "problématique" du sujet ?

La clé de la dissertation se trouve dans la problématique. Je vais vous expliquer pourquoi.

Qu'est-ce qu'une problématique ? Une problématique est une question qui pose un problème, mais qui ne reprend pas celle du sujet.

Pourquoi ? Parce qu'un sujet (tel qu'il est posé) ne pose pas de problème, a priori. Un problème, c'est une énigme à laquelle on n'a pas de réponse. Or, quel que soit le sujet on a toujours une réponse. On a envie de répondre au sujet d'ailleurs, en général.

Donc il faut partir des réponses qu'on a (de notre opinion personnelle) pour remonter jusqu'au problème.

Règle n°1 : pour trouver le problème d'un sujet, il faut partir des réponses qu'on a. C'est paradoxal.

Ca peut paraître simple. Mais c'est trompeur. En effet, si on cherche le problème que pose (pour résumer) l'opinion en politique, on pourrait dire "que l'opinion est une croyance toujours personnelle". Donc si l'opinion était le guide des hommes politiques, en quelque sorte ils feraient ce qu'ils veulent et ce qu'ils croient juste sans se préoccuper des électeurs. Or en politique, on élit des gens pour nous représenter et nous pour nous imposer leurs idées. Leur opinion ne doit donc pas s'imposer aux autres. L'opinion est donc l'adversaire (et pas du tout le guide) du pouvoir politique.

Votre problématique au début pourrait être : "sachant que l'opinon est une croyance et que celle-ci est propre à chaque individu, comment peut-on l'imposer à une société ?" car en effet on vient d'expliquer (rapidement) que l'opinion (privée) n'est pas compatible avec la politique (pouvoir public).

MAIS cette problématique est incomplète. Car elle ne pose pas de problème. Elle énonce juste quelque chose de vrai (l'opinion ne doit pas guider la politique) - càd une thèse. Pour trouve un plan et une problématique, il faut encore trouver l'antithèse du sujet et la confronter à la thèse.

Règle n°2 : Pour faire surgir le problème du sujet, il faut prendre le sujet dans l'autre sens (l'antithèse) et le confronter au premier (la thèse). Il faut lui trouver deux définitions contradictoires (qui s'opposent).

Lisez ce qui suit pour la compléter avant de vous lancer dans la rédaction d'un plan


§2  Rechercher la thèse et l'antithèse du sujet

Voici la bonne problématique. Les paragraphes qui suivent pourraient constituer l'introduction du devoir. L'introduction doit toujours expose le probléme du sujet concrètement avant de le traiter plus théoriquement dans le développement.

Mais commençons par reformuler un peu plus proprement la thèse, et recherchons l'endroit où elle se contredit :

1) Chacun a une opinion politique sur ce qu'il conviendrait de faire pour la France. Même ma grand mère est capable de me dire ce que devraient faire les politiciens d'après elle, pour améliorer la situation. Mais comme chacun a une opinion différente de l'autre, qui reflète en règle générale son seul intérêt, on ne peut pas vouloir que ce soit l'opinion d'un individu qui règne sur le pouvoir politique (c'est la figure du Tyran chez Platon, ou celle des régimes communistes : un chef + tous les pouvoirs = danger). L'opinion doit être contrebalancée en politique par la raison objective, qui doit guider l'action des élus.

Résumé de la thèse : ainsi, il semble clair que l'opinion ne doit pas guider le pouvoir politique. La politique, c'est le domaine de la raison, qui s'oppose à l'opinion.

2) Cependant, il ne faut pas complètement éradiquer l'opinion de la politique! Même si l'opinion diffère entre chacun, et qu'elle reflète peut-être notre propre vision de la réalité (l'opinion de ma grand-mère, la mienne, la vôtre diffèrent probablement l'une de l'autre), elles reflètent toutes des préoccupations communes). Si tout la monde a une opinion différente sur les banlieues, les impôts, la mondialisation, il reste que ce sont des problèmes communs.

Dès lors, le pouvoir politique (les élus) doit quand même prendre en compte l'opinion (générale) car c'est elle qui reflète les problèmes qu'il doit traiter. Car n'oublions pas qu'en démocratie, qui est un régime représentatif, on ne délègue pas sa volonté individuelle mais simplement l'élaboration des lois publiques (Rousseau, Le Contrat Social).On élit des gens pour qu'ils nous représentent, càd pour qu'ils prennent en compte notre opinion d'une manière ou d'une autre. Le pouvoir politique doit donc s'en méfier, mais pas l'évacuer, car c'est bien elle qui doit orienter son action.

Autrement, le pouvoir politique qui affirmerait "l'opinion publique est faussée, il ne faut pas lui faire confiance, mais croire seulement la raison pure" ne serait pas le représentant du peuple. Il s'affirmerait comme A. Hitler être le Führer (le guide), tout simplement. Là encore, on retrouve une forme dégénérée de la démocratie qu'on appelle le totalitarisme (H. Arendt, Qu'est-ce que le totalitarisme?).

3) Problématique : d'un côté il faut se garder d'imposer son opinion quand on exerce pouvoir politique et de l'autre il faut se garder de ne pas refléter l'opinion publique, pour laquelle on a été élu! Comment expliquer ce paradoxe? Et comment s'en sortir pour gouverner quand même?

C'est à cela qu'il faut répondre. Ce paragraphe pose un véritable problème car il nous met dans une situation délicate où aucune réponse n'est claire.


§3  Comment construire un plan avec la problématique ?

La problématique sert à cadrer le développement : maintenant, on encore doit démêler les deux sens de l'opinion en politique et arriver à une conclusion. C'est le rôle du développement, qui s'articule autour d'un plan.

Règle n°3 : pour trouver un plan pour le sujet, il faut et il suffit d'examiner tour à tour les deux définition contradictoires du sujet qu'on a trouvées.

D'où le plan suivant :

Rappel du sujet : "L'opinion peut-elle être le guide du pouvoir politique ?"

I. L'opinion est toujours personnelle, et elle s'oppose à la raison. Donc les gouvernants ne doivent absolument pas se laisser guider par la leur. Autrement c'est la tyrannie.

Voilà, cette phrase définit votre première "thèse". La thèse de cette partie répondra au sujet en argumentant que "non, l'opinion ne DOIT PAS être le guide du pouvoir politique".

II. Mais le pouvoir politique doit quand même orienter son action en fonction de l'opinion publique, qu'il est censé représenter. Autrement c'est le totalitarisme.

Cette deuxième phrase résume l'autre pan du sujet, en montrant que ni la première partie ni la deuxième ne sont satisfaisantes : d'un côté on doit se méfier de l'opinion personnelle quand on est au pouvoir, de l'autre on doit écouter celle des électeurs, sans la croire aveuglément.

C'est comme ça que vous devez rédiger votre plan : commencez par trouver les deux thèses en opposition dans le sujet qui posent problème (1), puis rédiger la problématique dans l'introduction (2) et enfin résumer les deux thèses en deux grandes parties dans votre plan (3).


§4  Comment remplir ses parties ?

C'est là que commence le véritable travail du philosophe. Il faut utiliser toutes vos références philosophiques pour le développement. Il faut donc en avoir, et pour en avoir, il faut apprendre ses cours, se référer à des manuels ou avoir une grande culture philosophique. Ca ne s'invente pas.

Règle n°4 : pour trouver la problématique, il suffit de s'interroger concrètement sur le problème posé par le sujet (sur sa contradiction). Mais pour remplir le développement, il faut absolument disposer de théories philosophiques.

Une fois que vous avez toutes vos parties, étalez sur un brouillon tous vos "théorèmes" philosophiques" et la manière dont ils se raccrochent au sujet comme ci-dessous (je reprends les exemples que j'ai déjà utilisés dans l'introduction, voir plus haut) :

1. Le tyran dans La République de Platon

En quoi est-il utile pour le sujet ? Réponse : il montre que si un seul homme a le pouvoir politique, la cité est gangrenée et vit dans la peur. Car elle est sous le joug de ses changements de passion ou d'opinion.
Que montre l'exemple? Que l'opinion ne peut pas être le guide du pouvoir politique car alors la cité n'est plus juste. Chacun vit dans la peur, et a alors tous les droits de renverser le pouvoir, qui dans ce cas est arbitraire.
Dans quelle partie puis-je l'utiliser? Dans la première.

2. Le Contrat social de Rousseau

En quoi est-il utile? Rousseau fait la différence entre intérêt privé et volonté publique. Il montre que l'un et l'autre ne sont pas une somme au sens strict (la loi n'est pas juste le reflet de tous les intérêts privés à un moment donné, car sinon elle changerait tous les jours).
Rousseau explique aussi que la démocratie est un système représentatif dans lequel on délègue non pas sa volonté (personne ne peut décider à notre place), mais sa capacité à délibérer des lois (car sinon on serait trop nombreux à parler en même temps, et on ne s'accorderait jamais).

Que montre l'exemple...?

Où puis-je l'utiliser... ?

3. Le totalitarisme chez H. Arendt

...

Mais il faudrait également penser au Prince de Machiavel (agir contre son opinion est parfois nécessaire, pour être craint par exemple), au mythe de la caverne de Platon (sur l'opinion), etc.


§5  Rédaction du plan

Chaque partie doit comporter trois sous-parties. Pour compléter son plan, il est nécessaire de faire progresser la réflexion dans chaque paragraphe à l'aide d'un exemple philosophique. Si à chaque fois on a pu répondre à la question "que montre l'exemple?" sur son brouillon, il est facile de les enchaîner.

En gros, le plan pour le sujet devrait correspondre à :

1ère partie . L'opinion ne doit pas gouverner la politique.

1. 1. Que serait une cité gouvernée par l'opinion ? Le tyran chez Platon est l'opposé de la politique
1. 2. C'est donc la raison qui doit gouverner la cité (Rousseau), à l'opposé de l'opinion.
1. 3. Mais il est quasiment impossible de détourner les autres de leurs opinions (mythe de la caverne chez Platon). Il faudrait donc donner tous les pouvoir à un seul homme, le philosophe.

Conclusion et transition vers la seconde partie : à l'issue de la première partie, on vient de montrer que l'opinion ne peut pas gouverner, sous peine de nier la politique qui doit être à l'image de la raison. Mais avec Platon on en conclut qu'il faudrait alors donner tous les pouvoirs à un seul homme qui gouvernerait d'après la raison pure, se détournant de l'opinion et faisant le bien d'autrui "contre leur volonté" en quelque sorte.

Problème (relance la réflexion) : Pourtant, peut-on dire qu'il faille délaisser l'opinion en politique, au risque de s'imposer contre les intérêts privés de ceux qu'on est censé représenter?

2e partie . Mais la politique doit prendre en compte l'opinion

2. 1. L'image du totalitarisme : un Philosophe-Roi capable des pires atrocités ? (H. Arendt et le totalitarisme dans lequel on explique qu'il est l'application à l'extrême du principe platonicien).

2. 2. Le principe de la représentation en démocratie (on reprend Rousseau) veut toutefois que le pouvoir politique oriente son action en fonction des demandes de représentés. C'est donc un aller-retour en l'opinion publique et la mise en place de lois "objectives" par les élus.

2. 3. La nécessité de ne pas se laisser aller à l'opinion pour bien gouverner (Le Prince de Machiavel). Le gouvernant n'est plus véritablement humain et doit savoir prendre en charge certaines décisions qui vont contre l'intérêt des gouvernés, qui ne savent pas toujours ce qu'ils veulent en vertu de ce qu'ils ont une opinion personnelle changeante. On peut prendre comme exemple la seconde guerre mondiale où tout le monde était près à tout pour être en paix.

NB : il n'existe qu'une seule problématique pour le sujet, car il contient un seul problème central (la dualité de l'opinion pour l'homme politique : il doit s'en méfier, mais ne peut s'en départir). Il n'existe donc en tout et pour tout qu'un seul plan possible (par sujet) : celui qui examine scrupuleusement cette dualité.

CEPENDANT, le contenu des parties peut changer car vous pouvez rendre votre réflexion plus ou moins précise et pertinente en fonction de vos outils philosophiques.

Il est probable qu'avec plus de références philosophiques, vous pourriez produire un devoir plus précis et qui entre plus en détail dans les mécanismes. Reste que je mets ma main à couper que le problème restera identique.


§6  La conclusion : faut-il faire une "synthèse" ?

La conclusion du devoir doit résumer l'enchaînement logique interne aux parties et entre les deux parties (à la manière de la transition rédigée plus haut comme exemple). Elle permet juste de dire "voilà, finalement il faut se méfier de l'opinion, mais on ne peut pas non plus la rejeter : ni celle du gouvernant ni celle des gouvernés" dans la prise en compte de l'action politique. Il reste que l'action politique est avant tout dictée par l'événement (càd par le cours des choses) qui échappe bien souvent à l'opinion, et reste imprévisible.

Si vous en avez les moyens, c'est possible de rédiger une troisième partie en partant sur l'idée que l'action politique n'est de toute façon que déterminée par le cours des choses, et non par l'opinion. L'opinion elle-même ne fait que reproduire l'état des choses qui adviennent. Je partirai probablement d'Arendt (Condition de l'homme moderne ; Qu'est-ce que la liberté in La Crise de la culture) et puis de Kant, Opuscules sur l'histoire (l'action politique comme fin).

Personnellement, j'aime à croire qu'il est tout à fait honorable d'arriver à produire un devoir en deux parties qui "résout" a minima la contradiction du sujet en montrant une bonne capacité de raisonnement et d'enchaînement logique. Si de plus la copie est intéressante à lire (appuyée sur des exemples historiques parlant ou originaux, qui font ressortir un aspect inattendu du sujet), c'est encore mieux.

Cela dépend probablement du niveau auquel vous vous trouvez (secondaire, supérieur).

Résumé : les étapes pour traiter un sujet

Règle n°1 : pour trouver le problème d'un sujet, il faut partir des réponses qu'on a. C'est paradoxal.

Règle n°2 : Pour faire surgir le problème du sujet, il faut lui trouver deux définitions contradictoires (qui s'opposent).

Règle n°3 : pour trouver un plan, il faut et il suffit d'examiner tour à tour les deux définition contradictoires du sujet.

Règle n°4 : pour trouver la problématique, il suffit de s'interroger concrètement sur le sujet (sur sa contradiction). Mais pour remplir le développement, il faut absolument disposer des théories philosophiques pour faire avancer la réflexion.


Baudry Rocquin
02 avril 2007


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